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Danse Light Magazine: Extraits Juillet 2007

LA DANSE CONTEMPORAINE EN CORSE

Vialuni à Ajaccio

Depuis belle lurette, bien des lustres, Michèle Ettori, chorégraphe et pédagogue issue de la danse « libre », anime à Ajaccio ateliers, cours, « master-classes », stages et performances, que ce soit sur scène ou en dehors, en solo ou avec la participation de figures de la danse contemporaine telles que l’Américaine postmoderne Simone Forti, la Québécoise minimaliste Lynda Gaudreau, la française néo-isadorienne Elisabeth Schwartz, on en passe, du même tonneau, car on ne trouve pas vraiment mieux actuellement sur le marché. Il y a bien eu, ici et là (on pense au festival de Bastia), quelque velléité dans la sensibilisation et la fidélisation d’un public corse un peu sur sa réserve, mais il reste du pain sur la planche, tout un pan de la population et de l’opinion à motiver, à captiver, à conquérir. La Compagnie de Michèle Ettori, Vialuni, a proposé à cet effet, fin juin 07, dans le cadre des Danses d’été qui, rituellement, célèbrent les fêtes de fin d’année scolaire, de la musique et de la St-Jean (bref, le solstice d’été), une série de rencontres ainsi qu’un « déambulatoire », ludique et laïque, menant danseurs, musiciens et public, de la place principale de la ville de naissance de Constantin Rossi (place CDG) à l’Eglise anglicane, en passant par la statue de Napo, les terrasses du bord de mer, le lycée, le Conseil régional, le garage Europcar, etc

La fanfare

La fanfare fanfaronna donc, swingante, dansante, amusante. « Auprès de ma blonde », c’est le nom de cet ensemble (Daniel Malavergne au tuba, Thierry Daudé à la trompette et Philippe Neveu au hautbois « préparé », amélioré : moitié en palissandre, moitié en cuivre et lesté d’un utile contrepoids ; manquait le percussionniste-compère fondateur Alfred Spirli, retenu par d’autres obligations), mena la parade, suivie et, par moments, précédée d’une troupe de danseurs, le tout assez éloigné, il faut bien le dire, du style néo-classique des FORAINS de Roland Petit. Les artistes ont la communication aisée (Michèle Ettori répondit aux questions spontanées d’un enfant : « Qu’est-ce que vous faites ? – Je danse ! – Et pourquoi ? – Pour le plaisir. »), la technique impeccable (cf. la rousse menue et magnétique Claude Sorin, qui a travaillé, notamment, avec Dominique Boivin), et le style qui mélange volontiers acrobatie, cascade, agilité (Sébastien Dupré) et autres disciplines du cirque (deux autres danseuses, Régine Coulpied et Sophie Laurent, possédées par leur art, s’étaient jointes à la compagnie pour cette occasion)

 

Vialuni

La musique traditionnelle, le jazz, la valse-musette, la java, le théâtre, le chant (un chœur interpréta un air italien dans le style des polyphonies de l’île de Beauté), le travail de groupe ou de grappe ou, au contraire, la dispersion sur l’immense dalle chauffée à blanc de la place De Gaulle, un parcours certes balisé (les étapes de la procession avaient été repérées la veille et des idées de danses, de gestes, d’enchaînements, de tâches, bref la liste des commissions avait été jetée sur la table), ont bien sûr laissé place aux changements de dernière minute, à l’impro de tous les instants, à l’inspiration du moment, bref à l’échange entre partenaires et public. Après une heure sous une canicule tempérée par la douce moiteur marine, les palmiers et les bougainvillées ajacciens, les artistes achevèrent leur pèlerinage dans la petite chapelle anglicane, désormais recyclée, mes bien chers frères, en école de danse et donc dédiée au seul culte de Terpsychore.

NICOLAS VILLODRE

© Danse Light Magazine Photos N.Villodre